Bêtises matinales

Que faire du trésor et de la pelle ? Des signaux sans code ? Que faire de cette place vide au fond du cimetière où se dresse la stèle sans épitaphe ? Puisque l’on ne sait jamais que faire des restes dispersés au milieu des gouffres, parmi les ronces qui recouvrent le sol brûlé, on brûle aussi, on brûle sans chaleur ! À droite l’aube, à gauche le crépuscule, Vénus qui tombe comme un caillou refroidi dans un ciel de cristal noir ! On vous dira que je suis pessimiste, les vendeurs d’espoir qui en ont pas dans leurs poches. On vous dira autre chose, ou on ne vous dira rien, mais j’ai vu fleurir des roses improbables là où il n’y avait brin d’herbe qui pousse, derrière les salines, sur des dunes grises comme la nuit de cendre, en ces jours de neiges éternelles et lorsque l’on riait au loin de ma mélancolie et de ma langue ! Ils sont venus parfois, quand leur propre ciel s’effondrait sur leurs têtes pleines, les seigneurs de la poésie, interloqués par quelque fond qui leur fût inconnu. Bien après leur bref passages, aux termes de faux or et de vrai givre, quand seul le néant gronde entre le pédantisme et le sarcasme, je fus cependant étonnée de retrouver intact tout le revers. Car il y a, je le sais à présent, une langue intransmissible qui est faite pour se perdre. Lassée ! lassée des danses supérieures, de la violence insidieuse des fausses passions, j’en reviens à la terre comme on retourne à la douceur du tombeau !

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