Je ne sais pas dans quelle mesure les choses sont définies ou pas. Je ne pense pas que le destin soit gravé quelque part, comme dans un papyrus universel ou dans l’œil du cyclone, mais je crois en une mémoire oubliée qui serait responsable de nombre d’inexplicables cataclysmes, comme, par exemple, ceux qui nous arrivent subitement et viennent bouleverser nos vies de manière définitive. Rien y fait, plus rien ne sera comme avant, votre ticket n’est plus valable, le train a quitté le quai et, dans la gare froide et humide, ne subsistent que des lucioles volantes et des mégots écrasés. Le passé est un lieu où nul n’y retourne et pourtant, il semblerait que nous vivions constamment dans le passé. Le temps de battre des cils et c’est fichu ! Seul le passé existe et nous n’y sommes jamais, ce qui devrait bien prouver que rien n’existe. La question peut paraître bête, mais j’aime assez l’idée que ce qui peut paraître bête au premier abord l’est déjà moins au sixième : Mais où diable nous-trouvons nous exactement ? Je suis assez d’avis que le temps est l’illusion majeur ! Sans doute que ce que nous prenons pour Le Temps n’est que notre conscience du temps. Ok, ce n’est pas plus clair qu’avant et ça ne le deviendra guère davantage après. Je crois aussi que l’émotion est une énergie qui se déplace.  Néanmoins, elle doit trouver un récepteur. Il doit y avoir comme une prise branchée quelque part. Sinon, l’émotion part dans toutes les directions et finit par s’effilocher dans l’air. Néanmoins, s’il y a une prise branchée quelque part, même à l’autre bout du monde, l’émotion circule à l’intérieur d’un fil conducteur invisible et jusqu’à ce qu’elle trouve son réceptacle. Et c’est à peine croyable comme l’émotion circule à la vitesse de la lumière. Dès que deux personnes se trouvent liées entre elles par un sentiment entier et réciproque, elles deviennent comme deux particules intriquées et de manière que ce que l’une éprouve, l’autre l’éprouvera aussi, peut importe la manière. Pour ma défense, j’ai suffisamment de preuves abstraites et des concrètes catastrophes qui affirment et confirment ce que je dis. Bien que, dans le même temps, je ne me sente pas dans la peau de celui/celle qui, de peur d’avoir à rendre des comptes, devient expert-comptable.
Déroulement des faits derniers en date : dimanche, vers la fin de l’après-midi, l’étagère du haut du meuble à ranger des livres, s’effondra d’un seul coup sur les étagères du bas et sans qu’un brin d’air ne vienne l’aider. Lundi, entre six et sept heures du soir, je me suis coupée dans une veine de mon poignet gauche en épluchant des patates. Les trente-secondes et demi qui suivirent, j’ai frôlé l’évanouissement. Non pas que l’entaille eut été profonde et sanglante, non, ce ne fut qu’une légère éraflure faite au coteau, mais il se trouve que la vue du sang, fusse-t-elle imaginaire, me donne systématiquement un haut-le-cœur. Mardi, entre six et sept heures du soir, je me suis coupée au 5ème doigt de ma main droite, quand on compte depuis la gauche, en épluchant une pomme. Haut-le-cœur x 2. Le jours même où je l’écris, début d’après-midi, ma tasse pleine de café a fait ricochet sur le parquet du salon et alors que je ramassais le débris … haut-le-cœur, acte 3. J’accepte volontiers les coïncidences accidentelles, mais, et dans le même temps, les coïncidences, je m’en méfie. Surtout et lorsqu’elles se repentent inlassablement. Et d’autant plus lorsque les dites coïncidences s’accompagnent d’un ressenti que je ne saurais l’expliquer ici. Car, il est des coïncidences qui ne s’accompagnent de rien du tout et desquelles on s’en fout.
Sur cette route piquée de croix que l’on nomme La Vie, nous croyons parfois tout pouvoir contrôler, faire des choix et avancer, mais les choses ne sont jamais aussi simples et nous n’avons pas toujours idée des innombrables éléments qui constituent l’indébrouillable puzzle de l’existence. C’est toujours le bleu du ciel qui est l’indicateur du chemin qu’il vous reste à parcourir. Même et surtout lorsqu’il est gris, le ciel vous renseigne sur le vide absolu mieux que personne. Et, cependant, il y a des personnes qui vous renseignent fort bien. Quand vous regardez le ciel bleu de mai, avec cette maudite bise qui vient du Nord et vous refile une migraine du diable, vous vous sentez un peu perdus, le sentiment d’incertitude absolue vous prend aux tripes et là où, un jour, vous aviez cru voir vos rêves en attente, vous n’y voyez plus rien du tout ! Tout est à refaire, les rêves, le chemin et le ciel. Le plus compliqué quand vous faites enfin ce fichu choix cornélien est de tenir bon. Bon. Vous vous doutez bien du prix à payer, mais la poisse, ça vous connaissez. Alors bon, avec un paquet de clopes, une barre de chocolat et trois tasses de café, vous devriez pouvoir tenir jusqu’à midi sans grand souci. Question de survie, on fait avec ce que l’on a sur la main et on y ajoute un peu miel pour adoucir l’aigreur à l’estomac, atténuer la nausée et, qui sait, si dieu est bon, affaiblir le vertige. Manque de bol, le miel, m’a dit mon médecin, augmente l’aigreur à l’estomac. Trois semaines malade et je n’ai pas vue le temps passer, ce qui est plutôt paradoxal car quand on est malades le temps ne passe pas. Ou, mieux, le temps est douleur. Ce qu’il y a de fantastique avec la maladie, c’est qu’elle est relativiste et dans ce sens que, lorsque vous êtes malades, le mal se place tout en haut de votre pavé personnel, reléguant tout ce qui reste à trois modiques mots : On verra après. Seuls la maladie et le deuil ont ce pouvoir extraordinaire de faire passer n’importe quoi pour une broutille. Faites les tours que vous voulez, mais vous y reviendrez un jour ou l’autre, vous y reviendrez à l’essentiel. L’essentiel qui est la douleur. Mais des douleurs, il y en a tant qu’il nous faudrait être un mathématicien de génie pour tenir les comptes et en maitriser toutes les formules. Toutefois, il y en a une que vous ne maîtrisez pas, que la médecine ne guérit pas et qui est ce poison insoluble qui coule dans vos veines ; elle est un cancer qui vous rouille de l’intérieur, vous torture lentement et avec un sadisme dont même les peuples les plus barbares ne devaient pas connaître. C’est l’éternelle crucifixion, le clou en plein cœur, la croix des ombres et le ciel bleu qui vous renseigne du vide absolu. C’est la douleur de l’impossible.

pb

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