Dans une illusion que j’aimais
et qui, parfois, m’aimait aussi,
il reste un temps manqué comme un trou en plein cœur.
Un trou qui ne veut pas se remplir ; ni d’eau, ni d’air, ni d’yeux.

La maison penche du côté où le soleil se lève et des astres géologiques brillent dans un parterre soupoudré  d’or et de rêveries effilochées. Le ciel a une condition secrète qui se mêle à la poussière, des résonances cosmologiques remontent avec le mouvement imperceptible de l’air et une pensée solitaire prend son envol avec les dernières écorchures de la nuit. Aussi grand que ce soit l’instant où la sensation est une allégorie enchevêtrée dans le sentiment et dans la pensée, il nous faut déjà ranger la table, mettre nos souliers de verre et revêtir le jour de toutes les couleurs mêlées. Aphrodite laisse tomber sa robe rouge sur un parterre d’ombres dépliées, allume une cigarette avec le dernier rayon de lune et chaque désir est un espoir ardent à l’intérieur des lèvres serrées. Au crépuscule du matin, quand se rouvrent les illusions de la veille et que se referment les lucarnes du rêve, des sensations millénaires me filent des doigts avec un tremblement de cils et entre les branches inclinées du chêne centenaire qui me fait face, les fissures du temps sont des perspectives curieuses dans l’œil charmé par d’extravagantes compositions.

J’avais fait cette rencontre, douce et enivrante, d’un homme tristement amoureux. Des bêtes sauvages venaient dévorer son crâne avec la ferveur et la faim de leurs maigres mâchoires. Quelque chose de plus grand que lui se tramait comme une allégorie statufiée sur le Mont Olympe et il ne pouvait concevoir tout son cœur que sous la forme d’une caricature déjà funèbre. Dans le gouffre de ses yeux où se côtoyaient enfers et désirs, il voyait l’Ange noir vêtu de sa robe rouge et alors, tout son cœur se parfumait du souvenir odorant de l’amour et de la chair. Son regard était beau et transparent, mais son crâne tout entier le contraignait aux viles postures que prennent les hommes fières et taciturnes. Sur la nappe tâchée de vin ou de confiture, un cahier noirci de grandes douleurs ou de songeries anxieuses, contenait toutes les griffures de son être. Son regard tout entier se paumait dans les brouillards déchirants de l’âme et une lumière brumeuse venait lui piquer les yeux. Comme pris d’un vertige indolent, il se sentait parfois chuter en serrant entre ses bras son squelette tremblant comme un coeur électrisé.
Aphrodite allumait une autre cigarette, portait son cœur à sa bouche et le soleil du soir recouvrait Vénus de brumes aussi suffocantes que le chant éphémère de la douleur où le temps se fend et se blâme. Les brisures du miroir engendraient un univers tout neuf et chaque débris était un astre qui s’allumait comme une fleur somptueusement flétrie. L’homme suait froidement, réinventait son destin avec la paresse des larmes et les rayonnements plus lourds qu’un blasphème dans une vie déjà saturée. Plus belle et plus cruelle que sa mort, Aphrodite, ou comme on voudra la nommer, revenait sans cesse lui rappeler des horizons chargés d’espoirs vermeils et des désirs jumeaux par l’avarice et par l’orgueil pétrifiés. Mais rien ne servait de rien ; les dents serrées, l’homme somnolait lourdement sur son lit forgé dans la pierre et, tel un martyr tragique et fier, il se flattait d’éprouver toutes les vanités qu’éprouvent les bêtes dressées.

On raconte, dans un livre que nul n’a jamais lu, que l’homme fier aima Aphrodite sans même pouvoir la nommer, son amour renfermé dans un écrin en acier qu’il pensait être son cœur. On raconte.

pb

juioo

 

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