Si nous connaissions le point
où quelque chose va se rompre,
où le fil des baisers sera coupé,
où un regard cessera de rencontrer un autre regard,
où le cœur ailleurs s’élancera,
nous pourrions mettre sur ce point un autre point
ou du moins, l’accompagner quand il cède.

Si nous connaissions le point
où une chose va se fondre avec une autre,
où le désert rencontrera la pluie,
où l’étreinte atteindra la vie,
où ma mort s’approchera de la tienne,
nous pourrions dérouler ce point comme un serpentin
ou du moins, le chanter jusqu’à mourir.

Si nous connaissions le point
où une chose sera toujours cette chose,
où l’os n’oubliera pas la chair,
où la source est mer d’autre source,
où le passé jamais ne sera le passé,
nous pourrions le laisser seul et abolir tous les autres
ou du moins l’abriter dans un lieu plus sûr.

(Roberto Juarroz – Poèsie verticale)

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Je vais vers ce que je ne connais pas et qui,
peut-être attend de me connaître.
Mes deux pieds se contestent l’un à l’autre,
mes deux mains se font des signes contraires
et mes yeux se  confondent à la racine ou à l’arbre.
Je questionne la pluie avec le bruit anxieux de mon sang,
je questionne le silence encerclé par des murs
et ce qui est à venir n’a pas de voix.

Je vais là où il existe un morceau de moi-même qui,
peut-être attend de s’emboîter au puzzle de mon âme ;
vers ma mort qui, peut-être attend que je l’invente,
elle aussi.
Je vais vers toi, même si je sais bien que tu ne seras pas là
et qu’il me faudra encore inventer une autre façon de perdre,
de te perdre en moi pour te retrouver là où tu as les yeux en fuite ;
une autre façon de pleurer toutes les eaux pourpres du souvenir
et les laisser couler, comme la salive des baisers, le long des cuisses
et sur les fleurs éphémères du cerisier.

Je vais là, je ne sais où, vers ce poème qu’il me reste à écrire
et avec les sons inversés que tu me renvois quand tu ne me penses pas
et que tu t’absentes aussi un peu de ma mémoire.

Vers le plus intime de nos solitudes enchevêtrées
et vers la douleur la plus profonde de ton sang,
je vais là où la flamme s’illumine quand elle s’éteint
et je vais là, exactement là où oscillent les feux des brumes :
sur les rebords d’un abîme qui attend la chute musicale
et à l’intérieur d’une caresse rêvée.
Je vais  là où ton âme frémi parce qu’elle répond à la mienne.

pb

20190813_172118

 

Une réflexion sur “La pioche verticale du jour

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